BÂLE TRINATIONALE Dans le sud de l’Alsace, une inquiétude grandissante autour de la qualité de l’eau potable vient de franchir un cap décisif. Deux associations, Alsace Nature et ADRA, ont annoncé le dépôt imminent d’une plainte pénale liée à la pollution aux PFAS, ces substances chimiques persistantes désormais au cœur de préoccupations sanitaires et environnementales majeures.

À l’origine de cette mobilisation, des analyses révélant des concentrations élevées de PFAS dans l’eau potable autour de l’EuroAirport Bâle-Mulhouse-Fribourg. Utilisés notamment dans les mousses anti-incendie lors d’exercices ou d’interventions, ces composés se caractérisent par leur extrême résistance à la dégradation. Une fois relâchés dans l’environnement, ils s’infiltrent durablement dans les sols et les nappes phréatiques, circulant parfois sur de longues distances.

Dans la région des Trois Frontières, près de 60’000 habitants pourraient être concernés par cette contamination. Si des dispositifs de filtration ont été installés pour maintenir une eau conforme aux normes, les associations dénoncent des mesures provisoires qui ne répondent pas à l’origine du problème. En Alsace, où l’alimentation en eau potable repose largement sur la nappe phréatique rhénane, l’une des plus vastes réserves d’eau souterraine en Europe, la situation revêt une dimension particulièrement sensible.

Au-delà de l’enjeu environnemental, les risques pour la santé alimentent les inquiétudes. De nombreuses études scientifiques pointent les effets potentiels d’une exposition prolongée aux PFAS, allant de certains cancers à des troubles hormonaux ou immunitaires. L’ADRA a contribué à documenter cette réalité en initiant des analyses sanguines chez des riverains volontaires, révélant des niveaux de contamination significatifs.

Face à ce constat, les deux organisations entendent désormais faire reconnaître les responsabilités. Leur action en justice vise à établir les causes de la pollution, à contraindre les acteurs concernés à assumer les coûts de dépollution et à obtenir des garanties pour une protection durable de la ressource en eau. Elles espèrent également faire progresser la transparence autour des impacts sanitaires, encore mal connus du grand public.

Ce recours judiciaire, qui s’annonce long et complexe, représente un investissement conséquent pour les associations. Entre frais d’avocats spécialisés et expertises scientifiques, la procédure pourrait s’étaler sur plusieurs années. Pour y faire face, elles ont décidé de lancer une campagne de dons.

Au-delà de l’Alsace, cette affaire pourrait faire date. Elle s’inscrit dans une prise de conscience plus large autour des « polluants éternels », dont la présence est désormais détectée bien au-delà des zones industrielles, jusque dans les milieux agricoles et les ressources en eau du quotidien. Une réalité qui, pour beaucoup, transforme une ressource essentielle en source d’inquiétude durable.