
Écrivain, critique et conteur de l’invisible, John Berger aurait eu cent ans ce 5 novembre. Du théâtre de Vidy à la Cité de Meyrin, en passant par Bâle, la Suisse — pays de ses complices et de sa pensée nomade — rend un hommage polyphonique à cet immense éveilleur du regard.
Il y a dans la posture de John Berger une attention permanente à l’autre, un refus obstiné des vérités toutes faites et un ancrage profond dans le réel. Disparu en 2017, l’écrivain, peintre, critique d’art et scénariste britannique aurait fêté son centième anniversaire le 5 novembre prochain.
Si Berger a durablement marqué la Savoie voisine en y vivant plus de quarante ans, la Suisse occupe une place singulière dans sa cartographie intime et créative. C’est ici qu’il a tissé des amitiés déterminantes: avec le cinéaste genevois Alain Tanner — donnant naissance à des chefs-d’œuvre du cinéma suisse comme Le Milieu du monde (1974) ou Jonas qui aura 25 ans en l’an 2000 (1976) — et avec le photographe Jean Mohr, compagnon de route avec qui il a repensé le rapport entre texte et image.
En cet automne de centenaire, les institutions culturelles helvétiques ne se contentent pas de commémorer: elles font revivre la méthode Berger, faite d’écoute, d’engagement politique et d’émerveillement.
Vidy au cœur de l’hommage: théâtre, cinéma et écoute collective
Le Théâtre de Vidy-Lausanne s’impose comme l’épicentre romand des célébrations. Du 31 octobre au 8 novembre, l’institution lausannoise déploie une programmation foisonnante qui croise toutes les facettes de l’auteur:
- Sur scène : Le metteur en scène britannique Simon McBurney et la compagnie Complicité présentent Questions for John, une création théâtrale en hommage à l’amitié et aux dialogues qui les liaient.
- Dans les foyers : L’exposition Regarder-Écrire, écrire-Regarder, conçue en partenariat avec Photo Elysée, met en lumière le travail à quatre mains entre John Berger et le photographe Jean Mohr.
- Cinéma et voix : En lien avec la Cinémathèque suisse, les projections de Le Milieu du monde et le travail documentaire sur ses textes font écho aux lectures chorales portées par ses enfants — Katya, Jacob et Yves Berger — autour des récits intimes et de sa relation au monde vivant.
Pourquoi John Berger nous parle-t-il toujours autant ?
À l’heure des images omniprésentes et de la consommation rapide des contenus, relire ou réécouter John Berger agit comme un remède. Son essai emblématique Ways of Seeing (Façons de voir, 1972) nous apprenait déjà à déconstruire les rapports de pouvoir occultés derrière les représentations artistiques et médiatiques.
Célébrer son centenaire en Suisse, ce n’est pas seulement se souvenir d’un grand nom des lettres britanniques. C’est réactiver une posture éthique : prendre le temps d’observer, donner une voix aux absents et faire de la création culturelle un espace d’hospitalité et de lutte.
Repères pratiques pour suivre le centenaire
- À Lausanne (Théâtre de Vidy & Photo Elysée) : Programmation spéciale du 31 octobre au 8 novembre. Expositions visibles jusqu’à fin novembre.
- À Meyrin (Genève) : Exposition au cœur de la cité à partir du 30 octobre jusqu’en février 2027.
- Ressources & Réseau international : Calendrier complet des événements (Suisse, France, Royaume-Uni) disponible sur la plateforme collective johnbergerhome.com.
- En kiosques, le journal La Couleur des Jours consacre six de ses pages dont un article de son fils Jacob Berger: « Art et révolution dans la cité-satellite ».
Photo: Jean Mohr.
