
GRAND GENÈVE — Le rendez-vous se veut à la fois convivial et déterminé. Samedi 2 mai, plusieurs centaines — voire milliers — de personnes sont attendues entre Bons-en-Chablais et Perrignier pour une “grande déambulation festive et familiale” contre le projet d’autoroute. À quelques semaines d’échéances administratives importantes, et alors que la Ville de Genève vient d’annoncer un durcissement de son action contre l’A412, cette mobilisation entend marquer un nouveau temps fort dans une contestation qui ne faiblit pas.
Dès la fin de matinée, habitants, militants écologistes, agriculteurs et familles doivent se retrouver à Bons-en-Chablais pour entamer une marche à travers les paysages directement concernés par le tracé de la future infrastructure. À pied, à vélo ou en tracteur, le cortège rejoindra Perrignier, où un village associatif, des prises de parole et des concerts sont prévus en fin de journée. Les organisateurs revendiquent une mobilisation accessible à tous, loin des formes classiques de manifestation, pour mieux ancrer la contestation dans le territoire.
Un projet toujours contesté, entre pression citoyenne et incertitudes
Car au-delà de l’événement lui-même, c’est bien l’avenir de l’A412 qui se joue. Ce projet d’autoroute de liaison entre Machilly et Thonon-les-Bains, porté de longue date, reste fortement contesté pour ses impacts environnementaux. Artificialisation de terres agricoles, atteintes aux zones humides, contradiction avec les objectifs climatiques : les arguments des opposants sont désormais bien installés dans le débat public. Malgré les années d’études et d’ajustements, ils continuent de mobiliser largement.
La déambulation du 2 mai s’inscrit dans un contexte particulier. Depuis le 20 avril, une consultation publique est ouverte dans le cadre de la demande d’autorisation environnementale du projet. Une étape cruciale, qui pourrait influencer la suite du calendrier. Officiellement, les travaux pourraient débuter d’ici la fin de l’année 2026. Mais entre les contributions du public, les recours juridiques en cours et la pression du terrain, le processus reste incertain.
L’opposition, justement, ne cesse de se structurer. Aux collectifs citoyens historiques se sont ajoutées ces derniers mois de nouvelles formes d’action. Sur certaines parcelles du tracé, des militants ont commencé à occuper le terrain, donnant naissance à une ébauche de zone à défendre, baptisée Chab’ZAD. Encore modeste, cette présence symbolique vise à incarner physiquement le refus du projet et pourrait prendre de l’ampleur en cas de lancement des travaux.
Genève durcit le ton contre un projet contesté à l’échelle transfrontalière

Sur le plan institutionnel, la contestation dépasse également les frontières locales et prend même une dimension transfrontalière renforcée. La Ville de Genève vient d’annoncer un durcissement de son action contre le projet, s’appuyant notamment sur l’avis très critique du Conseil national de la protection de la nature, qui pointe des atteintes majeures à la biodiversité. L’exécutif genevois entend participer aux procédures internationales prévues par la Convention d’Espoo, engager de nouveaux recours juridiques et même une action indemnitaire contre l’État français, estimant que l’autoroute encouragerait le trafic routier et irait à l’encontre des objectifs climatiques du Grand Genève.
Dans le détail, le Conseil administratif de la Ville de Genève entend également déposer une nouvelle demande d’abrogation de la déclaration d’utilité publique du projet d’autoroute A412 auprès du Premier ministre français. En cas de décision négative, un recours sera formé devant le Conseil d’Etat français.
Malgré cela, les porteurs du projet poursuivent leur calendrier et multiplient les opérations de communication pour convaincre de son utilité, notamment en matière de désengorgement du trafic. Un argument que contestent de nombreux opposants, qui défendent des alternatives fondées sur le développement des transports publics, en particulier le Léman Express.
Dans ce contexte tendu, la journée du 2 mai apparaît comme un moment charnière. Ni blocage ni affrontement annoncé, mais une démonstration de force pacifique et festive, destinée à rassembler bien au-delà des cercles militants. « Montrer ce que l’on risque de perdre »: c’est l’un des messages portés par les organisateurs, qui invitent les participants à parcourir ces paysages encore préservés.
