
À une époque façonnée par les médias numériques, Reverb attire notre attention sur les formes physiques de la communication humaine. L’exposition, qui se tient jusqu’au 30 août au musée Tinguely, réunit cinq œuvres vidéo de l’artiste australienne Angelica Mesiti qui conjugue différentes disciplines avec poésie. Ces œuvres révèlent la grâce du quotidien et montrent comment les traditions culturelles, les rituels, la musique et les sons façonnent l’identité et favorisent l’esprit communautaire.
Angelica Mesiti mène un travail multidisciplinaire au croisement de la performance, du son et de la vidéo. Ses œuvres vidéos et ses installations rendent perceptibles des pratiques performatives : le son, le mouvement et les gestes servent de formes de communication non verbale et produisent des résonances entre les humains, les lieux et les pratiques culturelles. Ainsi, le titre de l’exposition ne se réfère pas seulement au phénomène acoustique du bruit – tout comme le son se propage et résonne, les idées et les informations se diffusent et retentissent par-delà l’espace et le temps.
Dans son travail le plus récent, l’installation vidéo à 7 canaux The Rites of When (2024), Mesiti réimagine des rituels sociaux en prenant pour point de départ d’anciennes coutumes qui suivent la nature et le cycle des saisons. Ces coutumes sont souvent étroitement liées à la connaissance des astres et aux mouvements du soleil et de la lune qui informaient jadis les calendriers tant des activités agricoles que des pratiques spirituelles. L’œuvre se divise en deux actes consacrés aux solstices d’hiver et d’été. Ils combinent des chorégraphies, des chœurs vocaux, des formes collectives de création sonore et des sons électroniques et questionnent le rôle des rituels à l’avenir. Face aux incertitudes écologiques engendrées par le changement climatique et l’impact humain sur l’environnement, et en regard du basculement sociétal qui conduit de plus en plus de personnes à vivre en milieu urbain et en espaces clos, l’œuvre The Rites of When explore de manière sensorielle et sensible de nouvelles formes possibles de l’être-ensemble.
A Hundred Years (2020) est une méditation silencieuse sur les traces laissées par la guerre, tant dans les paysages que dans les mémoires. Sur les champs de bataille de la Somme, le film suit le rythme des saisons – hiver, printemps, été, automne. Un siècle après la Première Guerre Mondiale, la nature a repris ses droits mais les cratères, tranchées et un arbre survivant subsistent comme des monuments commémoratifs. Figure centrale de l’oeuvre, un musicien déambule à l’infini en jouant un requiem pour les soldats morts au combat sur une « Tin Whistle » (flûte irlandaise). Sans héroïsme ni nationalisme, Mesiti aborde les conséquences écologiques des conflits, la culture de la mémoire et la force irrépressible du renouveau et de la renaissance.
Sidereal (2024) présente la performance de deux danseur·euses suspendus qui pivotent lentement l’un autour de l’autre. Entre gravité et apesanteur, leur chorégraphie évoque la trajectoire de corps célestes ou de satellites. Leurs interactions s’apparentent tantôt à un combat, tantôt à une entente harmonieuse. Ce travail fait référence au temps sidéral (sidereal time), une mesure astronomique du temps qui se fonde sur la rotation de la Terre par rapport à certaines étoiles et non au soleil. A l’aide d’un arrière-plan aux couleurs crépusculaires qui reflète les variations de la lumière au fil de la journée, associé à une composition sonore minimaliste, Sidereal crée un espace sensoriel entre le terrestre et le cosmique.
L’installation vidéo en trois parties Relay League (2017) repose sur le dernier message en morse émis par la marine française en 1997, qui a marqué le passage à la communication numérique. Dans la première vidéo, la suite de points et de traits est traduite par un percussionniste en un morceau de batterie. Celui-ci constitue à son tour la base de la chorégraphie d’un danseur dans la seconde partie. Dans la troisième vidéo, une danseuse transmet avec maîtrise les séquences de mouvement à son partenaire malvoyant à travers le toucher et des gestes. L’œuvre déploie ainsi une réflexion poétique sur les changements de communication et souligne l’importance des échanges corporels, immédiats, à un e époque où les codes automatiques ne cessent d’évoluer et de se renouveler.
Angelica Mesiti. Reverb
Jusqu’au 30 août 2026
Paul Sacher-Anlage 2, 4002 Bâle
tinguely.ch
