Face à une croissance démographique soutenue, à l’augmentation des flux frontaliers et à la saturation croissante du réseau de transport, le canton de Bâle-Ville mise plus que jamais sur le rail. Dans un document de synthèse consacré aux projets ferroviaires en cours, les autorités bâloises dressent la feuille de route des transformations attendues dans les prochaines années autour du nœud ferroviaire bâlois. Au programme : renforcement du RER trinational, connexion ferroviaire de l’EuroAirport, amélioration des liaisons avec l’Allemagne et création d’un vaste réseau plus rapide et plus fréquent.

Au cœur de cette stratégie figure le projet du « Herzstück », littéralement la « pièce maîtresse » du futur réseau ferroviaire bâlois. Il s’agit d’une liaison souterraine appelée à relier directement les grandes gares de Bâle et à permettre un fonctionnement plus fluide du RER trinational. Aujourd’hui, plusieurs trains doivent changer de direction dans les gares, ralentissant les trajets et limitant la fréquence des dessertes. L’objectif du Herzstück est précisément de supprimer ce verrou ferroviaire afin de permettre des lignes traversantes plus rapides, sans correspondance et sans rebroussement. Pour les autorités bâloises, ce tunnel constitue la condition essentielle à un véritable saut d’échelle du réseau transfrontalier entre la Suisse, la France et l’Allemagne.

L’ambition est claire : rendre les déplacements transfrontaliers suffisamment simples et fréquents pour concurrencer davantage la voiture dans une région où plusieurs dizaines de milliers de personnes franchissent chaque jour les frontières pour travailler. Selon le canton, chaque franc investi dans les infrastructures ferroviaires génère par ailleurs un bénéfice économique pouvant atteindre jusqu’à cinq fois sa valeur, notamment via des gains de temps, une meilleure accessibilité et une réduction des émissions par rapport au trafic routier.

Un autre projet majeur concerne la desserte ferroviaire de l’EuroAirport Basel-Mulhouse-Freiburg. Aujourd’hui uniquement accessible par route, l’aéroport pourrait être relié au réseau ferré via une nouvelle ligne connectée au système du RER trinational. Le scénario étudié prévoit notamment la circulation de deux lignes transfrontalières : une ligne S2 entre Mulhouse, Bâle et Liestal, et une ligne S4 reliant l’EuroAirport à Laufon, avec un passage toutes les trente minutes pour chacune. En y ajoutant les trains régionaux existants entre Bâle et Strasbourg, les autorités espèrent atteindre une fréquence proche d’un train toutes les dix minutes entre l’aéroport, Saint-Louis et la gare centrale de Bâle.

Ce projet reste néanmoins politiquement sensible. La participation française au financement de la liaison a récemment été suspendue, plongeant une partie du calendrier dans l’incertitude, même si Bâle et les partenaires suisses continuent d’affirmer leur volonté de maintenir le projet sur les rails.

Du côté allemand, le canton mise aussi sur une amélioration importante des connexions ferroviaires. La ligne du Haut-Rhin reliant Bâle à Waldshut, Schaffhouse et Singen doit être électrifiée et modernisée afin d’offrir davantage de trains, plus de places et des liaisons directes renforcées vers le nord-est de la Suisse et le sud de l’Allemagne. Les autorités évoquent une cadence à la demi-heure pour certains trains rapides ainsi qu’un renforcement du RER transfrontalier.

Même logique dans le Wiesental, entre Bâle et Lörrach, où les lignes S5 et S6 devraient être renforcées face à une fréquentation croissante. Un quart d’heure de fréquence est prévu entre Bâle Badischer Bahnhof et Lörrach Hauptbahnhof, accompagné d’un nouvel arrêt ferroviaire destiné au futur hôpital central de Lörrach. À Riehen, un débat reste ouvert sur un éventuel enfouissement partiel de la ligne afin de limiter l’impact urbain d’un doublement des voies.

Au-delà des infrastructures elles-mêmes, les autorités bâloises insistent sur une idée simple : la croissance de la région métropolitaine rend inévitable une montée en puissance du rail. Le nœud ferroviaire de Bâle est déjà l’un des plus importants de Suisse et un carrefour européen majeur entre la France, l’Allemagne et la Confédération. Sans investissements supplémentaires, préviennent le canton et ses partenaires, Bâle risque de devenir un goulot d’étranglement autant pour les voyageurs du quotidien que pour les liaisons internationales.