
Moins de vitesse, plus de vie de quartier : depuis plus de vingt ans, Bâle développe un réseau de « Begegnungszonen », ou zones de rencontre, destinées à redonner de l’espace aux habitants dans les rues résidentielles. Entre sécurité routière, convivialité et végétalisation, ces aménagements sont devenus un élément caractéristique du paysage urbain bâlois.
Dans de nombreuses rues de Bâle, les enfants jouent à la craie sur la chaussée, des voisins discutent sur un banc à l’ombre d’un arbre et les cyclistes circulent au pas. Ces scènes sont rendues possibles par les « Begegnungszonen », des zones de rencontre où les piétons sont prioritaires sur l’ensemble des autres usagers et où la vitesse est limitée à 20 km/h.
L’objectif est simple : transformer certaines rues de quartier en véritables espaces de vie plutôt qu’en simples axes de circulation. Le canton de Bâle-Ville présente ces zones comme des lieux de rencontre, de jeu et de détente qui contribuent à améliorer la qualité de vie dans les quartiers résidentiels. Elles permettent notamment aux habitants de se réapproprier l’espace public et aux enfants de jouer plus librement à proximité de leur domicile.
Le concept n’est pas nouveau. Les premières zones de rencontre ont été aménagées à Bâle au début des années 2000, après une modification de la législation fédérale suisse. La ville fait aujourd’hui figure de pionnière dans ce domaine. Plus de 90 zones de rencontre ont déjà été créées dans les quartiers bâlois à la demande des habitants.
Contrairement à une zone 30 classique, la priorité y est inversée : les piétons peuvent circuler sur toute la largeur de la rue et bénéficient de la priorité sur les voitures et les vélos. Le stationnement reste autorisé, mais uniquement aux emplacements signalés.
La création d’une zone de rencontre repose d’ailleurs largement sur l’initiative citoyenne. Les riverains doivent déposer une demande et recueillir le soutien d’au moins un tiers des ménages de la rue concernée. Le canton élabore ensuite un projet qui est soumis à consultation. Pour être réalisé, celui-ci doit obtenir l’approbation des deux tiers des ménages du tronçon concerné. Entre la demande initiale et l’aménagement effectif, il faut généralement compter environ un an et demi.
Au fil des années, ces espaces ont également évolué. Depuis 2025, le Département des constructions et des transports teste un nouveau mobilier urbain dans certaines rues, notamment dans les quartiers de Birkenstrasse et de Göschenenstrasse. Les nouveaux aménagements comprennent des bancs modulables, des bacs plantés de grands arbustes et des dispositifs permettant d’installer des voiles d’ombrage. Le canton souhaite ainsi renforcer la végétalisation et rendre ces espaces encore plus agréables à vivre tout en expérimentant des matériaux de construction à faible empreinte carbone.
Au-delà de leur dimension urbanistique, les zones de rencontre illustrent une évolution plus large des politiques de mobilité à Bâle. Dans une ville qui mise fortement sur les transports publics, la marche et le vélo, elles participent à la réduction du trafic de transit dans les quartiers résidentiels et à la création d’espaces publics davantage tournés vers les habitants.
Si ces transformations suscitent parfois des débats, notamment sur la place de la voiture et du stationnement, elles s’inscrivent dans une tendance observée dans de nombreuses villes européennes : faire de la rue un lieu de vie partagé plutôt qu’un simple espace dédié à la circulation.
