Moins de voitures, davantage d’espaces de rencontre, plus de verdure et de vie de quartier : depuis plusieurs mois, Bâle expérimente un concept urbain encore inédit en Suisse à cette échelle, celui des « superblocks ». Inspirée de Barcelone, cette approche vise à transformer certaines rues résidentielles en espaces davantage tournés vers les habitants que vers le trafic automobile. Une expérience qui suscite autant d’enthousiasme que de débats.

Depuis l’été 2025, le canton de Bâle-Ville teste deux superblocks dans les quartiers du St. Johann et du Matthäus. L’objectif est de déterminer si ce modèle, déjà adopté dans plusieurs villes européennes, peut contribuer à améliorer la qualité de vie dans les quartiers densément urbanisés. Les projets pilotes doivent durer un an avant de faire l’objet d’une évaluation complète.

Le principe est relativement simple. Dans un superblock, les rues de quartier restent accessibles aux riverains, aux services d’urgence, aux livraisons et aux taxis, mais le trafic de transit est fortement limité. Les piétons deviennent prioritaires et la vitesse maximale est réduite à 20 km/h. Des espaces auparavant consacrés à la circulation ou au stationnement peuvent être transformés en lieux de rencontre, de jeux ou de détente.

L’idée est née à Barcelone, où plusieurs îlots urbains ont été regroupés afin de réduire le trafic automobile au cœur des quartiers. Selon les urbanistes, les superblocks permettent de diminuer le bruit, d’améliorer la sécurité routière, de lutter contre les îlots de chaleur et de favoriser les déplacements à pied ou à vélo. Le modèle s’est depuis exporté dans plusieurs villes européennes.

À Bâle, les projets du St. Johann et du Matthäus ont été développés dans le cadre d’une démarche participative. Les habitants ont été associés au choix du mobilier urbain, des espaces de rencontre et des usages temporaires. Bancs, plantations mobiles, zones de jeux ou espaces de convivialité ont ainsi fait leur apparition dans certaines rues. Pour cette phase de test, aucun arbre n’a toutefois été planté et aucune rue n’a été désimperméabilisée : le canton a choisi des installations temporaires afin de pouvoir adapter ou retirer les aménagements si nécessaire.

Ces expérimentations s’inscrivent dans une stratégie plus large de transition urbaine. Face au changement climatique, à la densification de la ville et aux enjeux de santé publique, les autorités bâloises cherchent à rendre les quartiers plus résilients et agréables à vivre. Les superblocks viennent ainsi compléter d’autres politiques menées ces dernières années, comme le développement du vélo, la création de zones de rencontre ou la végétalisation de l’espace public.

Mais le projet ne fait pas l’unanimité. Certains habitants et commerçants dénoncent la suppression de places de stationnement et craignent un report du trafic dans les rues voisines. Des recours ont été déposés et plusieurs associations critiquent ce qu’elles considèrent comme une réduction excessive de la place de la voiture dans une ville déjà fortement contrainte en matière de stationnement.

À l’inverse, les défenseurs du projet estiment que les premiers mois d’expérimentation montrent un potentiel important pour améliorer la vie de quartier. Plusieurs associations militent déjà pour pérenniser les aménagements et étendre le modèle à d’autres secteurs de la ville.

L’année 2026 sera donc déterminante. Les résultats du suivi scientifique, des enquêtes auprès des habitants et des mesures de trafic doivent permettre au gouvernement bâlois de décider si les superblocks resteront une expérimentation ponctuelle ou deviendront un nouvel outil d’aménagement urbain à grande échelle.

Pour de nombreux observateurs, l’enjeu dépasse d’ailleurs largement les deux quartiers concernés. Derrière les bancs, les bacs à fleurs et les limitations de vitesse, c’est une question plus fondamentale qui se pose : quelle place accorder à la voiture dans la ville du XXIe siècle? Zurich, Genève et Lausanne observent attentivement les résultats de l’expérience bâloise.

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